Les Fleurs du Mal – Charles Baudelaire

Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire Editions de 1968 (2e tirage) - Le Livre de PocheAh, les Fleurs du Mal ! Qui n’a jamais lu ce recueil ? Il fut longtemps mon livre de chevet, et cela se voit sur la photo!!

Personnellement, je l’ai découvert à l’âge de 14 ans, grâce à mon professeur de français qui nous avait fait étudier un des très beaux poèmes de ce recueil. Rien de « trop » mélancolique ni aucune invitation aux paradis artificiels dans ce texte, juste une ode emplie de regrets à une « servante au grand cœur » (Poème sans titre, C-Tableaux parisiens). Lorsque j’ai demandé des informations sur ce recueil à mon professeur, il m’a bien dit de ne pas le lire, nous étions trop jeune… Comment piquer la curiosité d’un jeune adorant lire si ce n’est en lui disant cela ? 😉 Et je suis sûre qu’il en était bien conscient… J’aimais bien ce prof !
Bref, je l’ai lu, et relu, et re-relu… Puis j’ai dû l’étudier pour le bac, et suis même tombée dessus à l’oral.

Certains de ces poèmes frisent le sublime. On y sent le combat d’un être contre ses désirs qui l’emprisonnent, et sa chute perpétuelle dans la volupté de ces paradis artificiels qui l’enfoncent encore plus dans son mal-être. C’est en dents de scie : à chaque fois qu’il aperçoit la lumière, qu’il perçoit le bout du tunnel, il trébuche et s’écroule à nouveau, oubliant presque immédiatement la grâce qui l’avait touchée.

Certains voient ce recueil comme une ode à la drogue, au laisser-aller, au mal-être adolescent et à celui de l’artiste incompris. Baudelaire le décrit lui-même comme « un livre destiné à représenter l’agitation de l’esprit dans le mal », dans une lettre à son avocat (visible à la fin de l’édition de 1968 « Les Fleurs du Mal, présenté par Jean-Paul Sartre, texte établi et annoté par Claude Pichois », Le livre de Poche).
Moi, je le vois comme le témoignage (vécu ou non ?) d’un homme qui a choisi de succomber et de ne pas s’en sortir. Dans ce recueil, le narrateur démontre de très grandes capacités d’analyse de lui-même, mais ne sait pas les exploiter. Car jamais dans ses pérégrinations intellectuelles, à regarder et décortiquer ses désirs et sentiments, il n’invite sa volonté à les maîtriser. Il regarde mais ne voit pas. Il assiste, spectateur, à leur montée, à leur développement, et reste en dehors de lui-même. Il veut se découvrir comme on découvre quelqu’un d’autre, de manière objective, oubliant que la connaissance de soi est avant tout subjective. Dans cette quête d’identité, il occulte l’essentiel : son être propre, sa conscience. Il ne se penche que sur ses désirs et sur son mal-être. Même lorsqu’il est ébloui par la beauté, celle-ci est immédiatement dénaturée par l’appel de ses désirs et la volupté malsaine qu’il semble éprouver à chuter. Même son « idéal » est empreint de « spleen ».

Pour résumer, le poète se met à l’épreuve et se regarde échouer, nous confiant ses états d’âmes, décrivant magnifiquement la beauté qu’il voit en ces fleurs du mal qui l’appellent, l’étreignent et le saignent. Ne cherchez pas ici quelque lumière, ce n’était pas le but de l’auteur. Ce sont les ressentis d’un homme amer regardant son être s’enliser dans la douleur.

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